Lorsque je repense à mon enfance, je me sens chanceux d’avoir échappé au pire. J’ai toujours étudié la peinture, depuis mon enfance jusqu’à l’examen du Bac. Ainsi, je n’ai pas reçu de formation scolaire classique et suis devenu un jeune étudiant marginal.

 

En outre, mes parents ont toujours été occupés, de ce fait, je n’ai jamais été opprimé par le pouvoir parental. C’est grâce à cette sortie du cadre parentale que j’ai pu pré-server mon esprit rebelle et suspicieux. À travers l’auto-apprentissage, j’ai la capacité de voir l’autre monde, celui caché derrière les manuels scolaires. Si l’éducation endoctrinée est comparée à une chaîne de production, je suis sans aucun doute l’étranger « perdant » à la production.

Des années plus tard, quand je repense à ces gens et à ces choses, je réalise que beaucoup d’entre eux étaient des personnes intelligentes mais qui avaient grandi sous l’oppression violente du pouvoir. Mon expérience m’a amené à m’intéresser au sujet du pouvoir, de la violence et de l’humanité, et pour cette raison, j’ai commencé une série de mes recherches sur l’histoire du pouvoir, des massacres de la guerre, de la violence et de la mort, de l’humanité et l’animalité, etc.

Récemment, ma démarche artistique s’ est concentrée sur l’étude du pouvoir et l’influence des institutions sur les hommes et notamment la thématique de l’asservissement des populations par les pouvoirs. C’est la notion d’« homo sacer * », qui illustre bien cette idée et notamment comment des êtres humains ont pu se retrouver serviles, sans défense, et sans même la capacité de contestation jusqu’à la mort. Comment la société depuis l’antiquité a réussi à conditionner et formater tout instinct de survie humain, et faire de ses propres citoyens une simple main d’œuvre obéissante et conformiste ? Les acteurs du pouvoir ont réussi à dociliser au travers de ses institution tout une population, qui va jusqu’à « accepter tacitement » sa propre mort. Un exemple me vient ainsi en tête pour illustrer cette notion d’ « Homo Sacer » celui de la Grande famine en Chine qui provoqua 37 558 000 morts .

 

J’ai pu observer au cours de mes expérimentations artistiques des formes de violence institutionnalisées, se caractérisant par l’usage de la discipline, punition, asservissement et notamment au siècle dernier, pendant les deux guerres mondiales. Cette situation fait bien évidemment aussi référence à notre époque liberticide, où les états ont pris beaucoup d’initiatives ayant pour conséquence la déprivation de nos plus essentiels droits.

Une autre forme de modernité me parait très angoissante dans le monde à venir, le monde

CyberPunk, celle des nouvelles technologies. Certes l’intelligence artificielle, les téléphones portables, le Big Data sont des innovations très commode, mais l’ensemble des technologies, au-delà de leur caractère spectaculaire, peut entrainer d’importantes modifications sur notre relation à l’autorité et notamment entrainer un développement de la violence systémique.

* L’Homo Sacer : Sous l’époque romaine, est une personne sans droit civique, un exclu, qui peut être tué par n’importe qui

** Publication, Archives publiques, Gouvernement central de Pékin, Septembre 2005